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Dublin a sa Molly Malone, Billiers aura sa Marie-Jules !



Dans la continuité de la sculpture « l’Effrontée » mise en place sur l’esplanade des Barges en 2020, la municipalité a confié aux artistes, Jean-Marc LOISEAU et Jonathan BERNARD, la réalisation d'un second projet artistique. Il s'agira d'une sculpture inspirée d’un personnage emblématique de la commune de Billiers : Marie-Jules.


La sculpture haute d’un peu plus de 2 mètres sera composée de bois et métaux de récupération. Elle sera installée à l'entrée du sentier de randonne au départ du Port.


Merci à Guy Rival qui fut le voisin de Marie-Jules et nous fait le plaisir d'un voyage dans sa mémoire pour nous évoquer cette drôle de Billiotine...


Figure emblématique de Billiers, Marie-Jules, marchande de poissons « à l’ancienne ». Comme ses collègues de l’époque, elle « débarrassait » un pêcheur, c’est à dire lui achetait toute sa pêche à son retour de marée. Rien d’original à cela pour l’époque, dans les années 50/60. Ce qui la rendait unique c’était sa façon de vendre son poisson et son vocabulaire.


Elle partait très tôt le matin avec sa brouette chargée de coquillages et des poissons achetés la veille et gardés « au frais » dans de la fougère, pas de glace ! Direction : Muzillac au marché du vendredi et les autres jours : Noyal-Muzillac, Marzan, La Roche Bernard, Ambon et même parfois Vannes, sans oublier les campagnes des alentours de Billiers et Muzillac ( Mezuillac comme elle disait). Tout cela à pieds avec sa brouette chargée ! En route quelques haltes sur une borne ou un talus, le temps de boire un coup de rouge pour se désaltérer.


Sa conversation avec les clients ou les personnes rencontrées était toujours imagée. Une main sur la hanche gauche, aiguillée sur un débat politique, elle disait toute sa rancœur vis-à-vis des « rempés », il faut comprendre MRP, parti politique au pouvoir à l’époque, qui dépensait « notre argent » avec les allocations familiales, « la familiale » selon son vocabulaire. Elle ne comprenait pas que l’Etat puisse donner de l’argent à des familles (des fainéants !) pour les aider à élever leurs enfants. Elle n’était pas mariée, vieille fille, si par extraordinaire un imprudent lui faisait des avances, elle sortait son couteau à « ratillons » pour lui couper « le machin » sic. Tout cela dit avec les propos les plus crus où les jurons, les noms de poissons et d’oiseaux faisaient office de ponctuation.


Moi son jeune voisin, je l’entendais de notre arrière-cour et n’en perdais pas une miette, vous pensez !


Marie-Jules, très croyante allait à la « messe matin » (6h) le dimanche. Pour les grandes fêtes religieuses c’était la grand-messe en tenue de bretonne avec tablier et châle brodés.


A la fin de la guerre elle venait chez nous quand il y avait des bombardements sur Saint-Nazaire, pour implorer la vierge de préserver son neveu. Prières exaucées. En remerciement elle fit graver et poser sur la stèle de Notre Dame de la garde un ex voto qui s’y trouve encore.


Voilà quelques images du personnage que le correspondant local de Ouest-France . ne manquait pas de saisir à l’occasion des fêtes et kermesses qu’elle « honorait » de sa présence. Ce qui lui inspirait un commentaire des plus crus : c’est « ce maquereau » qui m’a photographiée (dans son esprit homme et maquereau étaient pratiquement synonymes).


Telle était Marie-Jules ou du moins le souvenir que j’en ai.